Gaston Kaboré sur son rôle d’artiste

Gaston Kaboré

Gaston KABORE est réalisateur, scénariste, producteur, et enseignant formateur du Burkina Faso. Après des études d’Histoire et de cinéma, il commence sa carrière de cinéaste en 1976. Il a signé la réalisation de quatre longs métrages de fiction cinéma très remarqués par la critique, les festivals et les publics : WEND KUUNI (1982), ZAN BOKO (1988), RABI (1992), BUUD YAM (1997). WEND KUUNI obtient le TANIT D’ARGENT des JCC 82 et le César du Meilleur Film Francophone en France en 1985, ZAN BOKO est TANIT D’ARGENT des JCC 88. BUUD YAM reçoit le grand prix ETALON DE YENNENGA du FESPACO 97.
Militant et activiste, il a dirigé le Centre National du Cinéma du Burkina Faso de 1977 à 1988 et la Fédération Panafricaine des Cinéastes de 1985 à 1997. En 2003, il fonde l’Institut IMAGINE à Ouagadougou, une structure de formation continue et de perfectionnement aux métiers du cinéma.

Regard et philosophie du cinéaste burkinabé sur le cinéma Africain

« Il m’a toujours semblé que mon rôle d’artiste et de créateur devait déborder des frontières somme toute exiguës de mes seules œuvres pour accoster sur les rivages plus larges de la conscience collective, historique, sociale, culturelle, politique et même «civilisationnelle.

Peut-être mes études en histoire à l’Université de Ouagadougou, et plus singulièrement à l’Université de la Sorbonne à Paris, ont-elles été en premier lieu fondatrice d’une certaine posture intellectuelle et psychologique vis-à-vis de la manière dont les Africains et le continent étaient appréhendés, racontés et représentés dans les livres, les icônes et les médias.

J’ai pris conscience que l’Afrique devait s’approprier son propre regard sur elle-même à tous les niveaux et accéder à une capacité reconnue et légitime de questionnement et d’analyse sur sa trajectoire historique à travers le temps.

Revisiter notre histoire écrite par d’autres, forger notre mémoire, réhabiliter nos imaginaires, reconstruire notre conscience d’être et nos identités, reconquérir les espaces de nos devenirs collectifs, revendiquer nos singularités sociales, être juges et artisans de nos destins, réarmer notre confiance en nous-même et prendre conscience de nos richesses expressives, artistiques, culturelles et philosophiques, voilà en substance toutes les ambitions et les urgences qui se bousculaient dans ma tête au milieu des années 1970.

Sur le plan personnel, l’histoire avec un grand « H » m’est apparue être un outil dérisoire face à ce gigantesque pari et je m’en suis donc servi comme d’une passerelle vers un autre front, celui du cinéma, ayant appris entre temps qu’une « image vaut mille mots ». Ce moyen de communication de masse qu’est le cinéma s’est présenté à moi comme un formidable raccourci pour atteindre les transformations souhaitées.

Pour des raisons historiques évidentes, les Africains, comme tous les peuples assujettis durablement à des systèmes extérieurs de pensée et d’explication du monde, ont perdu peu à peu les codes de démarrage du moteur de leurs imaginaires.

Il leur faut donc retrouver ces codes. Les Africains doivent entreprendre pour leur propre compte l’exploration des mondes intérieurs et extérieurs tout comme celle des mondes visibles et invisibles.

Dans cette entreprise vitale, la conscience et le subconscient, le cognitif et le vécu, l’intuition et l’imagination, la mémoire et l’émotion sont tous autant sollicités.

Ce faisant, ils agrandiront les horizons intérieurs et poursuivront ensemble l’inépuisable invention de leur humanité. L’imagination me paraît être le seul véhicule capable de nous transporter au-delà des frontières étroites du réel et de la réalité qui nous emprisonnent souvent. II y a un pressant appel à la fécondité et à la production de sens, à une plongée dans l’univers intérieur qui est bien plus immense que le cosmos tout entier.

Cet appel doit résonner au niveau du cerveau et de la raison, de l’esprit et de l’âme, et faire écho à notre quête de l’infini. La question ultime que les africains doivent se poser est la suivante : « Qui sommes-nous ? ».

Les fragments de réponse à cette question sont disséminés dans les récits, les histoires, les contes, les mythes et les légendes que nous nous devrons d’inventer, d’écrire ou de revisiter. »


Gaston Kaboré
Réalisateur et Fondateur de l’Institut IMAGINE

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