Entretien cinéma avec Djakaria HEMA. Conseiller culturel à l’ambassade du Burkina Faso à Paris.

Djakaria Hema nous parle du cinéma au Burkina Faso aujourd’hui et de l’importance de la culture comme vecteur de développement. 

Le cinéma aujourd’hui au Burkina

Monsieur Hema, c’est dans l’industrie cinématographique qu’a débutée votre carrière, comment votre parcours a-t-il influencé le regard que vous portez sur votre pays et sur la culture ?

J’ai eu la chance d’effectuer des études universitaires dans le secteur de la culture ; une formation au terme de laquelle je suis sorti diplômé en cinéma, audiovisuel et en communication.

Après quelques années d’enseignement a l’université de Ouagadougou, j’ai intégré le ministère de la culture où j’ai successivement occupé entre autres les fonctions de directeur général de la cinématographique nationale, d’inspecteur technique et de conseiller technique. J’y suis resté plus de vingt ans avant d’être affecté au poste de conseiller culturel à l’Ambassade du Burkina Faso à Paris.

 Le Burkina Faso a intégré la culture dans tous ses grands programmes et projets de développement. Les autorités politiques, culturelles et les partenaires  font de la culture un socle de développement du pays. Notre pays a des ressources très limitées et très peu  exploitées mais il est  riche de par sa culture, ses arts et la diversité de ses expressions culturelles.

Nous sommes convaincus que la base de notre progrès socio-économique est incontestablement notre culture à l’instar des pays qui ont réalisé une performance économique enviable sur le fondement de leur culture. Parmi ces pays nous pouvons citer le Japon, un exemple patent.

Nous n’allons pas nous replier sur nous-mêmes ; notre culture reste ouverte. Le pays reste ouvert à d’autres expériences culturelles enrichissantes.

 L’un des défis majeurs du pays est l’éducation culturelle ou la transmission de l’amour de la culture à  la jeunesse burkinabé. Il est donc impérieux que nous enseignions aux jeunes nos valeurs  culturelles ; que nous réalisions  des projets de développement conformément à nos valeurs culturelles.

Les autorités du pays vont dans le bon sens, il y a une véritable promotion des activités culturelles ; l’engouement de la culture burkinabé est réel. Le style ou mode vestimentaire « Faso Danfani » devenu la tenue officielle est un bel exemple.

J’ai un regard plein d’espoir sur mon pays et sur sa jeunesse ; je pense que tant que nous conserverons notre patrimoine culturel tout en menant  des actions de promotion et d’éducation au profit de la jeunesse, nous pourrions ainsi transmettre la flamme culturelle pour un développement durable.

Justement parlant du Burkina Faso et de cinéma, le Burkina c’est l’un des pays où la culture cinématographique est très développée et très ancrée dans les consciences, on parle notamment de « Ouagawood », c’est un pays qui a vu naitre de grands noms du cinéma africain. Qu’est ce qui attire tant les Burkinabès vers l’industrie du cinéma ?

C’est vrai que le cinéma est magique. Les Burkinabès aiment le cinéma, c’est un miroir qui leur renvoie leur propre image et aussi une fenêtre de découverte d’un nouvel horizon culturel. Le cinéma est donc un art à travers lequel s’identifient culturellement les Burkinabès tant qu’il exprime leur passé, présent et avenir. C’est un merveilleux outil de communication, d’échanges, de renforcement de la cohésion au sein des différentes communautés et du rayonnement du pays. Les Burkinabès ont compris que le cinéma est à l’image d’un  grand baobab rassembleur sous l’ombre duquel le pays pourrait  faire connaitre sa culture à travers le monde. On peut dire que la culture cinématographique est bien ancrée au Burkina Faso.

Gaston KABORE, est l’un des grands noms du cinéma burkinabè et africain de manière générale. Comment a-t-il porté, à votre avis, à travers ses œuvres cinématographiques, la voix du Burkina Faso à l’étranger ?

Gaston Kabore est connu pour ses films empreints de générosité et de poésie. Un homme ouvert et cultivé, exceptionnellement généreux. Il a des qualités humaines hors du commun qui font de lui un personnage public écouté et captivant. Son film Wend Kuuni  lui a ouvert très tôt la voie de la célébrité. Il est auteur d’une riche filmographie qui a renforcé sa notoriété.  L’institut IMAGINE qu’il a créé donne des formations gratuites à des jeunes venant de toute l’Afrique et d’ailleurs. Des professionnels viennent de divers horizons  pour y développer leurs projets cinématographiques. C’est tout simplement extraordinaire ce qu’il est en train de réaliser à travers l’institut IMAGINE.

C’est en 2003 que Gaston KABORE a fondé l’Institut IMAGINE, un institut de formation continue aux métiers du cinéma. Il considère par ailleurs que le cinéma ne peut pas se construire s’il n’y pas une politique courageuse, volontariste de l’Etat. Comment l’Etat burkinabé soutient aujourd’hui son cinéma ?

L’Etat burkinabé a toujours eu une politique volontariste envers le cinéma ; il a organisé et structuré le secteur du cinéma et de l’audiovisuel. Les premiers actes avaient été posés durant les années 1970 avec le Président Sangoulé LAMIZANA qui avait décidé de nationaliser les salles de cinéma à la suite d’un désaccord commercial avec les sociétés qui géraient ces dernières à l’époque. C’est vraiment le tout premier acte. À sa suite, les gouvernements successifs ont apporté leur soutien au cinéma burkinabé et africain. Mais c’est surtout la politique de production, de promotion et d’exploitation sous la révolution sankariste qui a véritablement relancé le cinéma burkinabé et le Fespaco à partir de 1983.

Le Président Thomas SANKARA a aussi fait du Festival panafricain du cinéma et de la télévision  de Ouagadougou (FESPACO) une arme de conscientisation des masses populaires, un outil déterminant de communication pour la révolution qui a propulsé le Burkina Faso sur la scène internationale. Et c’est ce que les autorités du pays sont en train de poursuivre et de moderniser  davantage tout en adaptant  le cinéma burkinabé aux réalités contemporaines et en soutenant notamment des initiatives  du  secteur privé tel que l’Institut IMAGINE qui aborde un volet formation accessible à la jeunesse.

Projet associatif en Afrique
La Team DiPE

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